On pourrait croire que je vais parler du chanteur Tété au nom d’artiste “not-moteur-de-recherche-friendly”, puisqu’il aborde le sujet du chacun pour soit sur son album Le Sacre Des Lemmings. Malheureusement pour toi, lecteur mélomane, je ne te parle pas mais si tu pouvais prévenir ton ennemi le consumériste musical, ce serait sympa, merci.
Oui donc, tu ne l’auras certainement pas deviné, nous allons parler consommation musicale, isolement social et partage à la fois, défonçage d’oreille, djeunz en slim dans le bus, danger sur la voie publique, monde de merde©. Nous parlons donc du meupeutroa, comme se plaisent à le nommer les djeunz, ou le lecteur MP3, IPod et consorts comme on l’appelle nous les moins jeunes et comme ne l’appelleront jamais les plus vieux. En ce qui me concerne, j’appelle ça le fléau…ou pas (juste pour brouiller les pistes sur mon âge).
En tout cas, je compte bien vous parler du fléau qu’est la musique transportable, facilement et rapidement, ce qui change quelque peu des encombrants Walkmans de ma jeunesse, assortis de leur 10 piles LR6 qui fondent, qui ne lisent que des bandes qui n’en font pas moins que les piles et recréent la musique avec un trémolo digne de Julien Clerc. Oui rappelez-vous ce bonheur du casque à mousse ignoble qui fait mal à la tête, et qui crie dans les oreilles, et dans celle des voisins du bus, ou de l’abribus.
Bon il est clair qu’au niveau casque, on en est assez souvent resté là, si ce n’est pire avec la mondialisation, et c’est bien un problème que j’ai envie de traiter (de tous les noms).
Bon revenons à notre sacré méchoui, parlons de l’histoire donc, pour commencer par le commencement de la musique transportable : la K7 audio. A l’époque, c’était pas si simple, il fallait soit acheter – fort cher mais relativement moins cher que nos actuels CD trop chers – soit copier ces plus beaux vinyles, K7 originales et émissions radio sur une K7. Cela nécessitait un peu de technique, et surtout pas mal de temps ; comme on dit c’était fastidieux (chiant me dirait le djeunz au fond à droite là). Néanmoins le walkman s’est répandu à vitesse grand V et c’était le fléau pour les vieux réac’ dont je ne faisais pas partie à l’époque. Le walkman était pointé du doigts dans les accidents de piétons et les troubles auditifs.
A cette époque là, on ne parlait pas encore de piratage, ou trop peu pour que les gouvernements s’y intéressent et puis il faut dire que la copie d’un original sur une cassette, ça sonnait très copie de toute façon. Le walkman était donc le bonheur des jeunes qui voulait partager leur musique sans en avoir l’air. En effet, bien avant d’avoir leur voiture et leur autoradio flambant neuf gueulant par toutes les fenêtres ouvertes, ils pouvaient mettre le walkman à donf et être sûr que le voisin soit au courant de leur génial goût musical. A moins que ce soit pour s’isoler encore plus du monde, éviter qu’on lui demande un clope, d’avoir à dire bonjour en arrivant à l’abribus.
Etrangement, le walkman a semi disparu à l’arrivée des CDs, puisque la K7 resterait trop encombrante, et que le CD ne l’était pas moins dans les discmans, toujours assortis d’un arsenal de piles, et qui, de plus, empêchaient de faire son jogging, sautant sans arrêt et par dessus tout, impossible à copier (on parle des années 90, au début). Est-ce cette dernière raison qui amena à la raréfaction de ses petits bijoux de la consommation musicale? Ce ne serait pas étonnant, puisque l’arrivée des premiers graveurs de CD correspond à la relance du discman, et le MP3 arrivant peu de temps après, a été suivi par les discman MP3 – l’ancêtre de l’IPod – mais toujours avec ses kg de piles.
Il faut tout de même reconnaître que les graveurs CD, les MP3, et du même coup les discman MP3, c’était purement réservés aux quelques geeks sachant fouiner et arrêter leur écran de veille pour graver. Mais Billou faisant bien les choses…oh arrêtons de s’acharner, et d’ailleurs il n’a jamais bien fait les choses, euh…les progrès de l’informatique galopant ; graver des CDs, les extraire en MP3, les partager sur le net, a fini par devenir accessible au quidam, et c’est bien à partir de là que le fléau arriva.
Oui on appelle ça la démocratisation et ça nous a amené là où on en est aujourd’hui : tout djeunz qui se respecte a un Ipod bourré de 40Go de MP3 (et DivX) et bien souvent, tous plus mauvais que les autres, dans tous les sens du terme. Mais pourquoi donc ont-ils besoin de toutes cette musique en permanence à portée d’oreille? Pour avoir la réponse, il faut assister à un concert de Diam’s, ça ouvre l’esprit sur le concept de Zapping que l’on croyait réservé à la boîte à image au milieu du salon. En fait, le djeunz ne supporte pas quand c’est trop long, il lui faut tout et tout de suite, il faut que ça enchaîne, que ça pulse© alors il zappe, sans arrêt. Il suffit d’y ajouter les conditions d’écoute, en ville, dans le bruit, avec un casque pourri, une attention minimale ou absente et il y a tout de l’irrespect de l’œuvre d’art que peut être la musique : c’est tout simplement du consumérisme musical. La règle est d’avoir écouté entendu le plus de choses possibles pour dire qu’on connaît, et de toujours avoir le dernier truc à la mode qui n’est même pas encore sorti, comme une sorte de concours inexplicable.
C’est qu’il y en a des choses à écouter, et puis avec les connexions internet haut débit de maintenant, on télécharge facilement 10 albums par jour, qu’il faut ABSOLUMENT écouter, donc le jeune passe ses journées avec son casque sur les oreilles. C’est bien simple, essayer simplement de demander l’heure à quelqu’un dans la rue, la plupart du temps, il ne vous entendra pas, le vent, l’art délicat de passer pour un con©. Il est loin le temps où on pouvait dire bonjour dans la rue…
Enfin le dernier point à propos de la musique transportable, c’est l’individualisme que cela représente. Parce que finalement, écouter de la musique devient une activité solitaire, par rapport à l’époque où on donnait notre K7 au chauffeur de bus pour en faire profiter tout le monde.
Non en fait, ma réflexion est débile, qu’ils la gardent leur sale musique dans leurs oreilles en carton.