On pourrait croire que je vais parler du chanteur Fred au nom d’artiste trop connu, trop répandu, puisque c’est le titre d’un de ses bons morceaux. Malheureusement pour toi, lecteur mélomane, je ne te parle pas mais si tu pouvais prévenir ton ami cuisinophile, ce serait sympa, merci.
Oui donc, nous allons parler mangeaille, boustifaille, assiette et fourchette. Nous parlons donc du Sel, oui, c’est bien lui, celui qui se met dans tous les bons petits plats.
Justement, en parlant de bon, c’est assez étrange d’associer Sel et bon, tu ne trouves pas ami lecteur? Je me rappelle de mes premières tentatives délibérées de manger des légumes, à la cantine du lycée. Oui c’est bien à cet âge, seulement, que j’ai commencé à me poser des questions sur ce qu’on me mettait dans l’assiette et que je mangeais sans réfléchir depuis toujours. Donc à la cantine du Lycée, comme tout self service qui se respecte, il y avait ce que prend tout le monde et puis le reste, un peu trop vert, un peu méconnu puisque maman ne nous en fais pas souvent ou alors ne nous dit pas comment s’appelle ces choses qu’on appelle légumes et pas patates (Notons toutefois que la pomme de terre est bel et bien un légume).
Bref, un jour je me suis dit qu’il fallait que j’essaie, même simplement par esprit d’anti-conformisme, ou parce que faisant confiance aux diététiciens personnes concevant les menus, ça ne pouvait pas me faire mourir ou me sous alimenter.
J’ai donc goûté les bons haricots verts, les épinards, les brocolis, les choux fleurs, les choux de bruxelles…et je dois avouer que c’était mal cuisiné…enfin non, ce n’était pas du tout cuisiné. Alors certes, c’est diététique et c’est très bon des légumes simplement cuits à la vapeur, mais dans ce cas, faut pas lésiner sur la qualité, et c’est là que le bât blesse. Ça ne m’a donc pas du tout enchanté et je me voyais déjà rendre cette assiette encore pleine, et crever la dalle toute l’aprèm, me privant par là même de ma petite sieste post repas en cours d’histoire-géo, bercé par le bruit des péniches suédoises.
Comme j’étais déjà malin à l’époque, et que j’avais bien remarqué que les rares légumes de maman que je mangeais étaient accompagnés de sauces, condiments et aromates, j’ai pris la seule chose toujours disponible qui puisse relever ce plat fadasse : le SEL. (là tu peux imaginer une apparition divine, avec en fond -pour nos amis mélomanes- le son d’un grand orgue plaquant un accord en quinte diminuée à faire pâlir Steevie Wonder sur son bontempi vintage)
Et là, ce fut la révélation. The Power of Salt comme dirait Franckie qui vient d’Hollywood. J’ai d’abord mis un peu de sel, c’était meilleur, mais je bavais encore devant l’assiette de frites de mes voisins de tablée…alors j’en ai rajouté, puis rajouté, puis rajouté et là, comme par enchantement, mes haricots verts avaient le même goût que les frites, j’ai pu tout manger avec bonheur des papilles, vive le sel! C’était donc la solution pour (me) faire manger n’importe quoi, bourrer les aliments de sel, peu importe la qualité, on ne sentira que le goût du sel, celui qu’on apprécie tant dans les frites, ce savoureux mets universellement apprécié à travers le monde et à travers les âges.
Le sel a tout de même réussi à me faire découvrir les légumes. Bien heureusement, j’ai été informé un peu plus tard des risques de santé liés au sel – L’abribus n’est pas franchement le genre d’endroit qui se veut scientifique et à ce point informatif pour te citer quels sont les risques du sel, mais fais tes recherches par ailleurs – et ai donc commencé, progressivement à réduire la dose de sel dans mes légumes. Ce fut parfois douloureux, mais assez souvent, ce n’était qu’une histoire d’éducation du palais. Au pire, il suffisait juste de remplacer le sel par des herbes, des épices, en dose raisonnée bien sûr, pour relever un peu le goût.
Ce n’est que plusieurs années plus tard, où ma nature parano et conspirationniste m’a fait réaliser que le pouvoir du sel était bel et bien un outil marketing utilisé à outrance dans tout ce qu’on appelle communément la malbouffe (et il n’y a pas que les fast food qui sont concernés). Ainsi on constate que TOUS les plats cuisinés ont une dose en sel qui n’est absolument pas raisonnable! C’est un désastre quand on pense que beaucoup de personnes s’en nourrissent quotidiennement sur leur lieu de travail. Mais ce sont ces mêmes personnes qui se félicitent d’avoir mangé des légumes délicieux alors qu’ils n’ont fait qu’ouvrir une barquette donc ils ignorent le contenu exacte, la provenance, et la préparation. Souvent cette saveur constatée n’est due qu’à la poignée de sel ajouté pour cacher le goût des légumes de piètre qualité, et l’absence d’herbes aromatiques ; certainement jugées moins rentables, ou alors trop peu universellement approuvées comme le sel.
Le sel dans les plats cuisinés, plus qu’une histoire de marketing, c’est aussi une histoire de lobbies! D’un coté, nous avons l’agroalimentaire, de l’autre nous avons ces grands groupes (souvent les mêmes) qui vendent de l’eau minérale, de l’eau gazeuse, et plus souvent, des boissons gazeuses à forte valeur ajoutée (en sucre aussi). Ben oui, qui ne sait pas que le sel donne soif? et pour cause, le sel, de par ses propriétés chimiques, absorbe l’humidité! C’était donc très simple comme accord entre les 2 lobbies : “je met plus de sel dans mes plats, tu vendras plus de boissons”. Et ça, les fast foods l’ont bien compris et en ont donc plus qu’abusé en l’absence de tirage de sonnette d’alarme des gouvernements.
Ce tirage de sonnette d’alarme a bien dû avoir lieu, puisque, dans un souci de remise en question constant, votre serviteur (moi même) a testé un fast food récemment, qui se vantait de ne pas saler ses frites afin de laisser le choix au consommateur de la dose de sel à ajouter. Sage décision, mais qui n’a pas dû être prise délibérément malheureusement. En ce qui me concerne, je n’ai remarqué ce non salage qu’à la fin, en lisant le paquet, mais cette absence de sel ne m’a absolument pas choquée.
Et là on en vient à la source de ce message, ce qui m’a fait réfléchir une fois de trop, ce que je constate trop souvent en grinçant des dents pour ne pas m’énerver, l’absence de sel dans les plats choque une grande majorité de personne! Et c’est même pire! Le simple fait d’oublier de mettre du sel à disposition, et c’est le drame, plus personne ne mange ou alors avec dégoût parce que le sel, c’est inévitable ma bonne dame! C’est bien simple, le plus grand nombre – comme le dit Boris Vian – sale son plat sans se demander s’il a déjà été salé à la cuisson ; comme un réflexe, comme une obligation, mais comme faire couler l’eau quand on se brosse les dents, ça ne sert à rien, on le sait, mais c’est comme ça (la la la la, je ne peux pas t’abandonner mon bébé). C’est ce que j’appelle la bêtise humaine et c’est exactement ce qui m’insupporte dans la société.
En réponse à cette bêtise de salage intempestif sans avoir goûter au préalable, je me suis promis depuis longtemps de servir des plats déjà trop salés aux personnes de mon entourage qui salent par habitude. Pour voir leur tête, pour leur faire remarquer leur bêtise, et pour qu’il ne recommence plus.
Voilà, j’ai dit ce que j’avais à te dire l’ami, je te laisse, j’ai mon bus qui arrive, la prochaine fois que je parlerai de sel, il y en aura sûrement sur la route et sous les bas de caisse des bagnoles.